Beaucoup d'entreprises romandes font tourner une part essentielle de leur activité sur des fichiers Excel partagés. Planning de chantiers, suivi de stock, base clients, facturation. Et ça marche : c'est important de le dire, parce que le réflexe de l'informaticien est de mépriser le tableur alors qu'il a résolu un vrai problème, vite et sans budget.
Le sujet n'est donc pas de savoir si Excel est bien ou mal. C'est de repérer le moment où il devient plus cher que l'alternative.
Les six signaux
Si vous en cochez trois, le calcul mérite d'être fait :
- Le fichier a un gardien. Une personne dans l'entreprise est la seule à savoir comment il fonctionne, et tout le monde attend son retour de vacances.
- Des versions parallèles circulent.
planning_v4_final_OK_modifié.xlsxpar e-mail. - Vous ressaisissez. La même donnée est tapée deux fois, dans le tableur et dans le logiciel de facturation.
- Personne ne sait qui a modifié quoi. Une ligne a changé, l'historique n'existe pas.
- Les erreurs coûtent. Une formule cassée a déjà provoqué une commande erronée ou une facture fausse.
- Vous ne pouvez pas y accéder depuis le terrain. Vos équipes prennent des notes sur papier, puis quelqu'un recopie le soir.
Le calcul, simplement
Prenez le temps réellement passé chaque semaine sur ces manipulations : ressaisie, correction, recherche de la bonne version, questions au gardien du fichier.
Cinq heures par semaine, à 80 CHF de l'heure chargée, représentent environ 20 000 CHF par an.
Un outil métier ciblé (qui remplace un processus, pas dix) se situe généralement entre 15 000 et 40 000 CHF. Le retour sur investissement se calcule en mois, pas en années. Et ce calcul ignore encore le coût des erreurs, qui est le plus douloureux mais le plus difficile à chiffrer.
L'erreur classique : vouloir tout remplacer
Le projet qui échoue est presque toujours celui qui vise le remplacement complet du système d'information en une fois. Dix-huit mois de développement, un budget qui double, et une mise en service que personne n'ose déclencher.
L'approche qui fonctionne est inverse :
- Un seul processus d'abord : celui qui fait le plus mal, et lui seul.
- En production en huit à douze semaines, avec de vrais utilisateurs.
- Les autres fichiers restent en place pendant ce temps. On les migre ensuite, un par un.
- L'export Excel reste disponible. Vos équipes en ont besoin pour leurs analyses ponctuelles, et le leur retirer crée une résistance inutile.
Ce qu'il faut exiger
Un outil interne mal fait est pire qu'un tableur, parce qu'on ne peut plus le contourner. Trois garde-fous :
- Les données restent exportables. Sans exception. C'est votre assurance contre l'enfermement.
- L'outil se connecte à l'existant. Si votre logiciel comptable a une API, utilisez-la ; la ressaisie ne doit pas se déplacer, elle doit disparaître.
- Les utilisateurs finaux participent au cadrage. Ceux qui remplissent le tableur aujourd'hui connaissent les cas particuliers que personne d'autre ne soupçonne. Sans eux, l'outil sera juste sur le papier et faux dans la réalité.
Le bon moment
Il n'arrive pas quand l'entreprise grandit. Il arrive quand la même personne fait, pour la centième fois, une manipulation qu'une machine ferait mieux, et que ça n'étonne plus personne.